Elyse Al-Khemsin / Acte 1, Cap Carcasse

Chapitre 1 - L’Arrivée

Cabine de l’Ar-Raml as-Safi éclairée par une lanterne pendant la traversée

Elyse Al-Khemsin / Acte 1, Cap Carcasse / Chapitre 1

Chapitre 1 - L’Arrivée

À bord, les lanternes se balancent au rythme du tangage, produisant quelques grincements métalliques et frappant parfois plus franchement contre la cloison de bois de sa cabine. Même confinée dans ce petit intérieur, Elyse peut sentir l’odeur des épices qui remonte de la cargaison. Elle est moins agréable qu’au départ, désormais mêlée à celles du bois humide et du sel marin.

Cela fait presque douze jours que l’Ar-Raml as-Safi a levé l’ancre du Turhan, douze jours qu’il vogue paisiblement en direction de Cap Carcasse, son port de destination, la légendaire cité portuaire où les épices se transforment facilement en richesses plus palpables. Douze jours et tout autant de nuit qu’Elyse dort mal. La cabine est correcte, bien que rustique et le lit confortable pour un navire commercial, mais elle n’a pas l’habitude des longs voyages.

À défaut de trouver un peu de concentration, elle est maintenant capable de faire correspondre la moindre distraction auditive à sa provenance depuis le pont supérieur : les changements de quart, le claquement des bottes du capitaine et même les puissantes rafales de vent dans les voiles. Elle commence à manquer de distractions et l’espoir d’une arrivée prochaine grandit de jour en jour.

Sa plus grande fierté, c’est de ne pas avoir été malade jusqu’ici : pas l’ombre d’un ballonnement, ni même d’un haut-le-cœur. Il faut dire que, plus jeune, son père l’emmenait assez souvent pêcher en haute mer, une passion qu’elle ne partageait pas le moins du monde, mais son avis semblait être un détail aux yeux du paternel. Il n’était même pas pêcheur, seulement passionné. Il disait que cela lui vidait l’esprit et lui permettait de penser à autre chose qu’à l’administration de son comptoir.

Bien que formatrices, ces journées lui étaient insupportables : trop longues, trop loin du monde et des amis qu’elle aimait fréquenter, encore plus à l’âge où il est d’usage de s’amuser et de découvrir le monde avec n’importe qui d’autre que ses propres parents.

Une odeur plus chaude s’échappe des ponts inférieurs. Son ventre gargouille et elle se redresse devant le minuscule bureau coincé entre le lit et la parois. C’est bientôt l’heure du repas, servi tiède comme d’habitude, qu’il faut aller chercher dans les cuisines, deux ponts plus bas. Les commis ne cherchent pas à impressionner les voyageurs par l’exceptionnalité de leurs plats, mais ils font de leur mieux pour remplir les estomacs et surprendre avec de nouveaux arrangements parfois discutables. Les rations portent bien leur nom. Heureusement pour elle, elle a davantage le gabarit d’un papillon que d’un pachyderme. Elle manquera certainement de quelques protéines, mais rien qui ne puisse se corriger à l’arrivée.

Juste avant le coucher du soleil, elle s’adonne souvent à son rituel favori : monter sur le pont pour observer l’astre se faire happer par l’océan. Elle enfile sa longue tunique blanche et son écharpe brune, puis accroche solidement ses effets personnels aux arceaux de sa ceinture, le tout bien caché sous une longue cape grisâtre qui fait office de coupe-vent. Elle porte ses boucles d’oreilles favorites, en forme de plumes dorées et a aussi attaché ses cheveux pour qu’ils ne se transforment pas en spaghettis dansants devant son visage, une fois à la merci des alizés. Elle reste sobre dans son maquillage, mais ajoute quelques touches de khôl autour de ses yeux. Elle sait combien son regard améthyste attire les curieux ; autant lui faire honneur.

Elle ne reste jamais très longtemps. La température n’est pas très engageante, encore moins une fois le soleil englouti, mais il lui faut tout de même s’aérer le corps et l’esprit. Elle n’a pas prévu de sombrer dans la folie, enfermée jour après jour entre les quatre murs de sa cabine.

Elle s’appuie contre le bastingage. L’océan a cela de merveilleux qu’il rend l’horizon magnifique, plus encore lorsque l’astre s’apprête à passer de l’autre côté. Les vagues sont rougeoyantes et calmes. Quelques mouettes agrémentent le panorama d’un peu de vie et d’un mouvement moins redondant que celui de la houle. Dans son dos, elle entend toujours l’agitation du pont, tandis qu’elle profite avec allégresse du spectacle qui lui fait face, laissant échapper un petit soupir de satisfaction.

Un jeune matelot, Doran, qu’elle a déjà vu quelques fois, passe à côté d’elle avec des cordages auxquels il est sans doute assigné.

« C’est maintenant que la température va commencer à baisser, vous qui êtes frileuse. Quand le soleil ne réchauffe plus les planches, il n’y a personne d’autre pour le faire… » Il lui offre l’information avec gentillesse, armé d’un sourire taquin.

« Mais la mer est si belle… Quel cruel destin que de devoir, à chaque fois, choisir entre en profiter et me cacher du froid… Je m’ennuie dans ma cabine, j’ai épuisé presque toutes les sources de distraction ! »

« Les autres disent qu’on devrait apercevoir Cap Carcasse dès demain matin. La couleur de l’eau a déjà changé, Mademoiselle, et les oiseaux se font plus nombreux ! Vous n’avez plus beaucoup de temps à tuer. »

« Vous me prenez en pitié parce que vous avez le droit à de grands dortoirs vous ! Vous pouvez vous racontez vos journées, jouer aux cartes… ou que sais-je… ! »

« Les dortoirs ont des avantages. Mais je ne suis pas certain que vous apprécierez autant que vous le dites de passer autant de temps en mer à partager votre intimité et votre cabine avec d’autres gens. Mais je vous accorde qu’on s’ennuie moins. Soyez vaillante… ! »

Il lui sourit toujours, voulant lui faire comprendre sans méchanceté qu’elle n’est pas si mal lotie, même si, de son côté, elle reçoit cela comme un léger reproche adressé à son manque d’humilité. Il tente alors de la faire sourire de nouveau.

« On va certainement faire un peu la fête ce soir, si c’est bien notre dernière nuit à bord. Venez en profiter, vous aussi. C’est un peu comme si vous faisiez partie de l’équipage, pas vrai ? » Il s’offre le luxe d’un petit rire tout en continuant son chemin, voyant bien que la conversation ne va pas s’éterniser et qu’il a déplu à la princesse.

Elyse reste encore un moment accoudée au bastingage, laissant le vent marin caresser son visage tandis que le soleil disparaît complètement. Pensive, elle repasse les paroles de Doran dans sa tête. Une dernière nuit… une fête… Après tout, pourquoi pas ? Pour la première fois depuis son départ, elle peut bien se mêler à l’équipage. Cela lui apprendra à être un peu sociable avant le débarquement à venir et tous ces gens avec qui elle devra sans doute parler le lendemain.

De retour dans sa cabine, elle se met à bâiller. On n’est jamais aussi fatigué que lorsqu’on ne fait rien, lui ont appris les félins du Turhan. Mais il faut se préparer. Elle n’a plus beaucoup d’affaires aussi présentables qu’au départ. Malgré les efforts des matelots de corvée de lessive, l’eau de mer nettoie très mal les graisses, même aidée d’un peu de savon. Elle opte donc pour l’apparence plutôt que pour la texture. Elle possède une autre tunique, rouge celle-ci, qui tombe jusqu’à ses genoux et se termine en forme de jupe, donnant à sa silhouette un peu plus d’élégance. Elle agrémente ses poignets de quelques bracelets de coquillages, noue une longue ceinture de tissu brun autour de ses hanches et se maquille un peu plus qu’à son habitude. Il lui faut une bonne vingtaine de minutes pour se convaincre qu’elle possède l’apanage des grandes dames, seule face à son miroir, à force d’essais et de retouches.

Lorsqu’elle arrive finalement dans la salle commune, des lanternes colorées ont été accrochées un peu partout. Un tonneau de rhum épicé est déjà ouvert et semble être le centre d’intérêt de la plupart des passagers. Plusieurs matelots jouent de la flûte et du tambourin. L’ambiance est joyeuse et bruyante, bien que très masculine. Elles ne sont que trois femmes à bord du navire : la seconde du capitaine, une matelote et elle.

Elle n’a jamais eu beaucoup de goût pour les spiritueux. Elle s’approche du débit de boissons improvisé et se contente de prendre du jus. Son corps prend doucement le pouls de la musique et se balance avec légèreté. Finalement, elle aurait peut-être dû sortir un peu plus. Cette ambiance est tout aussi apaisante, à sa manière, que les couchers de soleil. Elle a peut-être appris à dompter les défauts de la mer, mais ses qualités, elle ne les a clairement pas assez étudiées.

Il faut dire que ces cinq dernières années ont été bercées par de longues études pour devenir ce qu’elle a toujours voulu être : professeur de magie élémentaire, pas forcément la meilleure, mais au moins l’une de celles capables de changer positivement la vision de la magie des gens qu’elles rencontrent. Elle n’a pas vraiment eu le loisir de s’intéresser aux us et coutumes des voyages maritimes.

Elyse regarde les marins danser et chanter, tapant du pied, embarquée malgré elle par le rythme qui lui fait presque oublier la raison de sa présence. Ils sont tous heureux à l’idée d’arriver, de remettre le pied à terre et de pouvoir profiter du confort de la liberté retrouvée, des tavernes et des bordels. Elle aussi, évidemment, mais il s’agit pour elle de bien plus qu’un simple débarquement : elle est là pour retrouver sa sœur, Oza, son aînée de treize ans, une femme qu’elle n’a pas bien connue et qui envoyait bien trop rarement des lettres à leurs parents.

Quelques jours après sa certification, elle a reçu une lettre de sa part. Elle n’était pas adressée à leurs parents comme d’habitude, mais à elle, avec son propre nom inscrit dessus. Elyse connaît presque chaque mot et chaque imperfection de ce petit trésor : une lettre pliée plusieurs fois, dont l’encre a pâli à certains endroits, usée par ses doigts et par l’humidité du voyage. Oza écrit vite, avec une impatience visible jusque dans la forme de ses mots. Rien que pendant la traversée, Elyse a dû la lire plus d’une dizaine de fois.

Sa sœur demande si la famille tient encore debout, si leur père se montre toujours aussi têtu et si elle est enfin devenue archimage avant de commencer la chasse aux dragons. Puis, sans cérémonie, elle dit voguer depuis quelque temps avec la Déferlante, sous les ordres d’une capitaine appelée Amy la Main-Rouge. Elle n’a jamais demandé à être retrouvée, mais elle a donné le nom d’un navire et celui d’une capitaine, tous deux jetés au milieu de la lettre avec la valeur d’une carte. Alors, la cadette a décidé de retrouver son aînée.

Elle sort de sa torpeur lorsque cet agaçant Doran s’approche d’elle. Le matelot pose élégamment une main sur l’une de ses hanches pour attirer son attention, puis la retire aussitôt, l’air sincèrement inquiet d’avoir mal agi. Elle le rassure d’un sourire. Il n’a décidément pas froid aux yeux. Rassuré, il lui demande si elle accepterait de danser avec lui.

Elle prend le temps de déposer son verre sur l’un des rares tonnelets encore fermés, hoche la tête pour marquer son accord, puis l’accompagne vers l’une des extrémités de la piste de danse improvisée, là où ils peuvent trouver un peu de place sans gêner les marins, parfois un peu trop éméchés, qui tentent des chorégraphies trop exotiques.

À croire qu’ils sont tous dans le coup : les tambourins et la guitare laissent presque aussitôt place à un air bien plus doux, joué par un violoniste sorti de l’ombre. Le genre d’air qu’un matelot bien organisé aurait pu demander à ses camarades de dortoir pour tenter de séduire la seule femme dont il a l’assurance qu’elle ne lui mettra pas aussitôt la main à la figure.

Les encouragements des autres marins sont peu élégants : des « Oh ! » grivois qui tiennent parfois la note. Ils ont le cul entre deux chaises, impressionnés par le petit matelot entreprenant, mais franchement agacés que leurs airs bien plus dansants aient été avortés.

Elle ne sait pas mieux danser que lui. Ils se contentent alors de quelques rondes en tentant de ne pas se marcher sur les pieds. Elle croise les poignets derrière sa nuque tandis qu’il a le luxe de frôler ses hanches et le tissu de sa robe de ses mains. Elle conclut quelques minutes plus tard par une brève et élégante courbette, puis vient lui déposer un petit baiser sur la joue, joueuse, parfaitement consciente que cela fera du petit matelot un héros auprès de ses camarades, qui le bousculent déjà pour le féliciter, mais que cela suffira aussi à couper court à toute imagination de chapitres supplémentaires.

Elle s’éclipse intelligemment lorsque les premiers audacieux commencent à lui faire la cour, sur fond d’odeurs trahissant des mélanges douteux d’alcools forts, en prétextant qu’elle a finalement le mal de mer.

Considérant comme vraies les rumeurs d’une arrivée le lendemain, elle passe une ou deux heures à mettre un peu d’ordre dans ses affaires. Elles ne sont pas nombreuses, mais encore éparpillées aux quatre coins de sa minuscule cabine. Elle enfile ensuite sa robe de nuit et se laisse porter par un sommeil étrangement lourd, bercée par la musique qui monte des ponts inférieurs.

Le lendemain matin, ce n’est pas la cloche habituelle qui sonne le réveil de l’équipage, mais une voix lointaine dont le vent étire trop les mots pour qu’ils soient compréhensibles. Elle répète deux ou trois fois la même chose, ce qui suffit à créer une agitation soudaine et bien particulière sur les ponts supérieurs. Les bruits de pas se multiplient, les ordres se font plus rapides, et l’on entend bientôt les premiers éclats de rire et de joie, accompagnés des premières notes des chansons d’approche. Les marins de la veille n’ont pas menti : Elyse comprend assez vite qu’ils viennent sans doute d’achever ce long voyage.

Elle se redresse et reste un instant assise sur le bord de sa couchette, se frottant les yeux et se massant le visage. Elle porte une petite chemise de nuit légère et ses cheveux, complètement défaits, tombent sur ses épaules. Ses yeux mauves finissent par s’ouvrir sur la cabine. Malgré son regard encore flou, elle se rappelle qu’elle a déjà rangé ses affaires la veille. Son sac de voyage se trouve toujours là, avec ses papiers, ses vêtements, un peu d’argent et quelques livres. Il ne lui reste plus qu’à se préparer pour Cap Carcasse.

Elle sort finalement sur le pont, une veste passée à la hâte sur ses épaules et sa tunique blanche habituelle, relativement sobre. Elle a tressé une partie de sa chevelure pour éviter de subir les caprices du vent. L’air du matin la frappe aussitôt, bien plus humide et froid que celui qu’elle déteste déjà le soir. À la place du coucher de soleil qu’elle apprécie tant observer, elle découvre un brouillard pâle qui s’étire au-dessus de l’eau, assez dense pour masquer encore la côte, mais pas suffisamment pour cacher les premières ombres qui se dressent au loin et marquent les reliefs. Elle distingue une forme haute, presque avalée par la brume, puis la lueur régulière d’un phare dont la lumière perce le brouillard et indique la direction au bâtiment.

Le capitaine Nasim crie ses ordres après avoir consulté ses papiers afin de vérifier la marche à suivre pour entrer dans la crique sans visibilité. Les marins s’exécutent avec prudence, tandis que la vitesse est réduite et que la vigie garde un œil sur la position du phare. Ils font sonner la corne de brume, dont le son rocailleux et brut permet d’annoncer leur présence. Le bâtiment s’avance finalement dans la crique. Ses deux bords font maintenant face à des falaises vertigineuses, et il faut lever les yeux pour encore apercevoir les lumières du phare. La brume se dissipe doucement, moins franche en entrant dans les terres qu’elle ne l’était sur la mer. Les lumières à l’horizon se multiplient comme de petites lucioles, et les bruits de la vie se font déjà entendre au loin.

Elyse glisse une main à l’intérieur de son sac, prise de panique pendant un instant. Elle fouille, puis pose avec soulagement ses doigts sur la lettre de sa sœur. Elle se détend aussi rapidement qu’elle s’est inquiétée : son petit trésor n’a pas disparu. Devant elle apparaît le spectacle sublime de Cap Carcasse sortant de la brume. À mesure que le navire avance, la ville ressemble de moins en moins à une masse confuse et devient un assemblage plus logique, bien que toujours aussi chaotique. Les maisons ont été bâties sur des coques échouées, des ponts de bois et de cordes relient différentes plateformes suspendues, tandis que les drapeaux et les voiles claquent au vent. On dirait qu’une civilisation entière s’est construite sur le cimetière d’une armada complète. Cela ne ressemble à rien que l’on puisse véritablement qualifier de beau. C’est particulier.

L’eau est calme à l’intérieur de la crique, comme si les falaises et les rochers à son entrée avaient tôt fait de briser les vagues et que peu de remous parvenaient jusqu’à la ville. Elyse commence à distinguer de nombreuses silhouettes qui ne se préoccupent guère de l’arrivée d’un énième navire. Cap Carcasse est plus que dépaysante : peu de sable, aucune pierre claire, pas d’ombre nette, et une ville portuaire bien moins habituée au soleil que celle qu’elle connaît si bien. Ici, tout est humide et mouvant.

Le navire poursuit sa progression jusqu’à ce qu’un grincement sourd, suivi du bruit lourd des chaînes, signale l’arrêt. L’Ar-Raml as-Safi est amarré. Une légère secousse traverse le pont, marquant plus brutalement la fin du voyage maritime. Elyse se sent envahie à la fois par le soulagement et l’anticipation : elle est enfin arrivée. Les premiers passagers commencent à descendre. Elle attend sagement son tour, son sac à l’épaule et la main glissée près de la lettre, prévenue que des pickpockets peuvent sévir et persuadée que ce sera son trésor qu’ils chercheront en premier.

Le capitaine lui souhaite bonne chance d’un signe de tête. Ils ont un peu discuté durant le trajet. Elle lui a expliqué la raison de son voyage, qui n’est pas de simplement visiter un port. Il ne manque pourtant pas de lui offrir quelques derniers conseils.

« Cap Carcasse est un endroit chaotique, Mademoiselle. Il y a de tout ici. C’est un mélange de cultures et d’espèces qui cohabitent parfois difficilement. Elles ne s’apprécient pas toutes, mais la Garde essaie tant bien que mal de veiller au grain. Soyez prudente, évitez de sortir des sentiers battus, n’allez pas dans les zones d’habitation et restez plutôt autour des endroits où il y a des marchands et du public. J’espère néanmoins que vous trouverez ce pour quoi vous êtes venue, sincèrement. »

« Merci, Nasim. Je ne peux pas dire que la traversée ait été de tout repos, mais je sais que vous avez fait de votre mieux pour que nous arrivions et que je ne sois pas trop chahutée par le trajet. Merci pour tout, et bon courage pour écouler toutes vos marchandises ! J’espère que vous rentrerez plus riche que vous n’êtes arrivé. Je me laisse une petite semaine pour la trouver et je repartirai sans doute avec vous. C’est ce que vous aviez dit, n’est-ce pas ? Vous restez quelques jours ? »

« En effet, Mademoiselle. Nous aimerions partir au prochain dernier quartier de lune. Les eaux sont plus calmes à ce moment-là, et il est plus aisé de s’éloigner des côtes. Il devrait avoir lieu dans six jours. Je vous garde une place. Tenez-moi au courant de ce que vous faites. »

Elle hoche la tête en signe d’approbation, puis offre un sourire cordial à Nasim avant de se tourner vers la passerelle. Son regard se porte tout autour d’elle, parcourant la grandeur et la simplicité des quais ainsi que la cité portuaire qui s’étend au-delà. Elle descend enfin pour poser le pied sur un sol stable, pour la première fois depuis presque deux semaines. Cela lui fait un bien fou.

Mais elle n’a pas le temps de s’attarder. Si elle ne veut pas dormir à la belle étoile ou dans une taverne mal fréquentée, elle doit trouver une chambre avant le soir. Oza attendra encore quelques heures. Pour le moment, il faut entrer dans la ville.

Une main au bracelet doré dévoile l’entrée brumeuse de Cap Carcasse