Black Desert Online / Récit

Le Crépuscule du Château de Cron

Il était une fois un roi, Agris III, qui régnait avec indulgence sur Balenos depuis le majestueux Château de Cron. Connu comme un souverain juste, il avait pris l’habitude d’être cruel avec les aristocrates et généreux avec les petites gens. Bien que son influence directe se limitât aux fermes et aux villages alentour, Velia n’étant qu'un humble bourg à l’époque, le seigneur avait solidement établi les fondations de son autorité royale en éliminant d'innombrables adversaires et en conquérant de nombreuses terres. Son pouvoir était à son apogée après toutes ces victoires. Pourtant, son corps, comme celui de n’importe quel mortel, n’était pas exempt des outrages du temps, et cette douce déchéance plongeait Agris III dans la plus grande des inquiétudes.

Agris III contemplant Balenos depuis le Château de Cron

Il n’en fallut pas plus pour que le souverain se lance à la poursuite éperdue de l’immortalité. Pendant des mois, il chercha un remède en essayant tour à tour des herbes médicinales, des remèdes secrets, des nourritures étranges et d'autres élixirs dont les légendes vantaient les mérites, allant même jusqu’à boire du sang de jeunes garçons. Tout cela fut en vain. L’immortalité était-elle seulement possible ?

Un jour, un mystérieux alchimiste arrivé du désert, qui n'était autre que l'immortel Caphras, se présenta aux portes du château. En échange d’un généreux mécénat, il assura au roi qu’il trouverait pour lui le secret de la vie éternelle, s'attirant immédiatement la confiance et la curiosité du souverain. Le vieil alchimiste lui remit alors un ancien parchemin contenant le rituel d'invocation d'un Dieu Ancien, une divinité des ténèbres dont le pouvoir ultime, selon la légende, octroierait au monarque tout ce dont il avait toujours rêvé.

Bien sûr, un tel rituel exigeait un prix exorbitant : le sang et les organes de cent jeunes garçons et de cent jeunes vierges. Emporté par la frénésie et la peur de mourir, le roi balaya Balenos pour y arracher ses enfants. Personne ne pouvait l’arrêter. Tous les sages ayant tenté de s’y opposer furent mis à mort, et les nobles restants ne se révélèrent être que des porcs uniquement intéressés par l’argent. D’innombrables vies innocentes furent sacrifiées, et la misère du peuple vivant à l’ombre des remparts du château de Cron atteignit son paroxysme.

La nuit se leva enfin sur la funeste conjuration. Tous les éléments requis avaient été récoltés et la pierre d’invocation reposait sur l’autel. Alors que le rituel débutait, une violente explosion retentit soudainement, ébranlant les fondations mêmes de la région. Le château de Cron fut instantanément dévoré par les flammes. Dans la panique, des vassaux sautaient par les fenêtres pour s'enfuir, l'alchimiste Caphras disparut sans laisser de trace et le roi Agris III devint introuvable, volatilisé dans la déflagration.

Le rituel de Caphras dans la chambre d'invocation du Château de Cron

Un gigantesque nuage de fumée recouvrit Balenos. Curieusement, chaque témoin de la catastrophe rapporta une version différente des faits : certains prétendirent qu'un animal cornu volait dans le ciel, d'autres qu'un bel ange était venu leur apporter une bénédiction, et quelques-uns déclarèrent même avoir conversé avec leurs parents décédés. Personne ne survécut à l'intérieur de la forteresse. La seule trace de ce qui survint immédiatement après le drame est une ancienne illustration montrant le symbole de Velia endommagé, suspendu au-dessus du brasier, accompagnée de ces mots gravés : « Château noir. Finissons-en, Anges noirs… sans rien attendre en retour, laissez-nous jeter toutes les épées et tous les boucliers dans les flammes, avant d'enfin couper nos chaînes. »

Plus de cent cinquante ans ont passé depuis ce désastre, et les survivants qui ont fui les ruines se sont installés à Velia ou dans d'autres contrées du continent, rendant toute enquête sur la vérité presque impossible. Aujourd'hui encore, de splendides fleurs sauvages chatoyantes fleurissent parfois dans la plaine d'Ehwaz. On dit qu'elles sont le reflet des âmes sans repos des enfants sacrifiés pour satisfaire la folie d'Agris III. Le capitaine des gardes du château, Antonio, écrivit d'ailleurs dans ses mémoires ces mots poignants : « Qui consolera les jeunes âmes sacrifiées en ce jour ? L’histoire de Cron oubliera, mais je jure sur ma vie de porter votre croix. Et si nos chemins se croisent à nouveau dans une autre vie, je vous protégerai alors, quel que soit le pouvoir qui essaie de m’en empêcher. »

Après la mort présumée d'Agris III et la chute de sa lignée, la famille Bartali prit la relève, et Bartali fut couronné roi fondateur du nouveau Balenos. Plus tard, Bartali III, le dernier roi de la contrée, devint un véritable héros en parvenant à repousser de terribles catastrophes grâce à l'aide des Ramones, les anciens gardiens de pierre de Balenos. On raconte que ces gardiens tirent leur force de mystérieuses pierres noires, bien que nul ne sache vraiment comment ils ont mené le royaume à la victoire.

C'est sous le règne de la dynastie Bartali que fut construit l'ossuaire près de Velia. D'après le prêtre Ottavio Ferre, cet édifice historique fut commandé par le dernier souverain du château de Cron dans un but précis mais oublié, confiant à Velia la tâche sacrée de le gérer. Aujourd'hui, l'ossuaire abrite les vestiges de la famille Bartali, qui dirige le village depuis des générations. On y trouve plusieurs statues de pierre, dont une représentant Bartali III tenant fièrement son bouclier, bien que le temps ait effacé son nom de certaines sépultures. Une rumeur tenace prétend d'ailleurs qu'un immense trésor y serait caché.

Des rebelles de Mediah occupent les ruines maudites du Château de Cron

Quant au Château de Cron, il ne connut jamais la paix. Depuis l'explosion, des réfugiés et des soldats rebelles venus de Mediah ont pris les ruines d'assaut pour s'y installer. Tels des spectres possédés par une force invisible, ces hommes ne bougent pas d'un cil, vouant un culte fanatique au Dieu des ténèbres. Personne ne sait comment ils obtiennent leurs provisions, même si certains prétendent qu'ils survivent grâce à la pêche ou à des alliés secrets restés à Mediah. Leurs magiciens semblent puiser leurs pouvoirs dans une force démoniaque qui donne la chair de poule aux rares voyageurs, tandis que leurs archers ne manquent jamais leur cible. Mieux vaut ne pas se faire repérer par ces traînards menaçants, car tapis dans l'ombre de la forteresse maudite, ils aspirent très certainement à prendre le contrôle de Balenos un jour.